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Métallurgie. Frédéric Saint-Geours : « L'industrie, c'est l’avenir »

Le président de l’IUMM, de passage à Rennes ce jeudi, dresse un état des lieux de la situation économique de la France non sans vanter au passage les atouts de sa filière. Tour d’horizon sans détours. Entretien.

 

D’abord, que pensez-vous du péage de transit poids lourds qui va remplacer l’écotaxe ?

Le problème c’est de créer une taxe isolée d’un dispositif fiscal global qui doit prendre en compte le besoin de compétitivité des entreprises. Il faut arrêter d’envoyer aux entreprises des signaux contradictoires, avec d’un côté des annonces de baisse de la fiscalité, et de l’autre des hausses notamment en matière de fiscalité locale, de contribution climat énergie et de ce « péage de transit ». Nous avions dit concernant l’écotaxe qu’il s’agissait d’une mesure inadaptée et notamment que le dispositif devait être harmonisé au niveau européen. Les principales caractéristiques du « péage de transit » sont les mêmes que celles de l’écotaxe et donc nous pensons toujours que ce dispositif est inadapté.

L’État s’est fortement immiscé dans le dossier Alstom ? Normal ou pas ?

Dans ces transactions, ces grandes évolutions, ces restructurations nouvelles, l’important, c’est le projet industriel du départ qui au bout du compte est à l’arrivée. Un point fondamental sinon on justifie tout et n’importe quoi. Il est légitime que l’État s’intéresse à des entreprises systémiques ou structurantes pour la puissance économique française. Ce n’est pas spécifique de la France. Que l’État soit partie prenante cette fois-ci dans une entreprise partiellement privée, pourquoi pas. Mais cela doit exceptionnel et transitoire.

Le retour de l’État stratège…

Ce n’est pas quelque chose de nouveau. La façon dont l’État va entrer au capital, c’est en se désengageant d’autres entreprises. C’est normal que l’État gère son patrimoine de façon efficace.

Comment jugez-vous l’action d’Arnaud Montebourg ?

Ses interventions sont à juger au cas par cas. Il est certes volontariste, il a une vision mais ce n’est pas gagnant à tous les coups.

Ses 34 plans d’investissements stratégiques vont dans le bon sens ?

C’est un élément positif. La plupart des plans sont pilotés par des chefs d’entreprises. Et les sujets retenus sont importants avec des débouchés rapides. Oui, c’est une bonne chose même si la coordination au départ sur le choix des plans aurait pu être améliorée. Certains sont un peu trop génériques. Il faudra peut-être faire un tri à un moment donné.

Et surtout avancer vite ?

Certains plans seront en place dans les trois à cinq ans. Des étages de fusée sont mis en place. Les comités stratégiques des 14 filières, les 34 plans d’investissements stratégiques et, au-dessus, le dispositif Innovation 2030 avec 7 domaines identifiés sur lesquels la France doit concentrer ses efforts à l’horizon plus lointain.

L’environnement est compliqué, mais vous dîtes que les outils sont là ?

Oui. Mais le problème qu’on a et qui est gravissime, c’est que le niveau d’activités et d’investissements industriels ne sont pas repartis. Et que le retard de compétitivité qu’on avait avant la crise s’accroît. Parce que les autres sont repartis et ont redépassé pour beaucoup d’entre eux le niveau d’avant crise. Ce qui n’est absolument pas notre cas puisqu’en matière industrielle, le niveau d’activité est de 15 % en dessous de l’avant-crise. Pire, les niveaux d’investissements sont inférieurs aux amortissements. Cela veut dire que l’outil de production français continue à vieillir alors qu’il est déjà plus vieux que celui des autres pays. Si on ne casse passe le cercle : il n’y a pas de marge, donc je n’investis pas, donc je ne suis pas compétitif et donc je n’ai pas de marge, on aura beau mettre en place des plans, il n’y aura pas le substrat indispensable industriel pour créer des progrès de productivité et structurer les territoires en terme d’emplois.


D’où l’urgence de mettre en œuvre le Pacte de responsabilité.

À l’UMM, nous avons été les premiers à lancer le débat sur la compétitivité. Cela met du temps à percoler dans le dispositif. Maintenant, la prise de conscience est là, il faut aller le plus vite possible parce ce qu’il y a urgence et que nous accumulons du retard par rapport à nos voisins. Nous avons 8 à 10 points de différence entre les marges des entreprises françaises et celles des Allemands. Nous sommes au plus bas depuis trente ans.

Les chèques du CICE commencent à arriver dans les entreprises…

Il faudra le plus vite possible transformer ce dispositif en allégements purs et simples qui doivent porter sur l’ensemble de l’éventail des salaires. Sauf que le Cice reste plafonné à 2,5 Smic. Or, l’enjeu principal de l’économie et des entreprises françaises, c’est la montée en gamme. Vouloir être compétitifs vers les bas des rémunérations, c’est sans espoir puisque nos concurrents européens sont à des niveaux inférieurs. Il faut aussi que la réforme de la formation professionnelle contribue à la montée en qualification de l’ensemble du dispositif français. Il s’agit là d’un enjeu de modèle de croissance. C’est indispensable qu’on revienne sur les mesures prises sur l’apprentissage. Plus de 80 % des apprentis qui sortent de nos systèmes de formation trouvent un emploi, un CDI, dans les six mois. C’est le meilleur moyen de monter les qualifications et d’avoir des compétences adaptées aux besoins des entreprises industrielles. C’est absolument clé.
Des mesures ont été prises pour supprimer les primes. Il faut revenir en arrière là-dessus. Les recours à l’apprentissage sont en train de baisser alors que c’est l’objectif inverse que tout le monde s’est fixé.

Quel est l’état d’esprit des chefs d’entreprises ?

Ils ont des signaux contraires. Ce qui se passe sur le compte de la pénibilité est un signal contraire. Si on veut les convaincre de reprendre la marche en avant en matière d’investissement, il faut qu’il y ait un dispositif global favorable. Il faut accélérer la mise en œuvre d’un certain nombre d’éléments positifs et faire en sorte que les signaux contraires disparaissent.

Les rapports sociaux se tendraient-ils ?

Non sur le fond. Je considère que c’est par l’intensification du dialogue social qu’on arrivera à résoudre les problèmes et la difficulté à réformer. C’est pour cela que l’IUMM a commencé à regarder les conséquences à tirer dans la branche de la mise en œuvre du pacte de responsabilité. Avec nos interlocuteurs syndicaux en terme de prévision à l’embauche, en terme de qualification, de besoin d’apprentissage, de contrat de professionnalisation… On est dans cette phase et volontaire.
On est aussi demandeur des phases suivantes de négociations interprofessionnelles qui sont prévues avant la fin de l’année et qui doivent approfondir encore la modernisation du marché du travail et l’amélioration du dialogue social pour voir jusqu’où on peut aller en terme d’adaptation du travail à l’intérieur de l’entreprise. Nous militons pour qu’il y ait des accords majeurs dans l’entreprise. Peu d’accord de compétitivité y sont signés. Pourtant, un accord majoritaire au sein de l’entreprise, c’est le meilleur moyen d’avoir le bon réglage entre la durée et l’organisation du travail, l’emploi et les rémunérations.


Les syndicats semblent sur la réserve avant la Conférence sociale du 7 et 8 juillet…

Je ne le crois pas… Depuis le congrès de la CFDT, on a donné des indications. Aujourd’hui, il y a des discussions entamées dans un grand nombre de branches et qui doivent concerner plus de 10 millions de salariés… C’est important. Lors de la Conférence sociale, il y aura les éléments pour constater que le relevé de décisions du 5 mars est bien mis en œuvre progressivement, avec de la méthodologie, et des calendriers.

Le Pacte de responsabilité doit être mis en place le plus rapidement possible ?

Oui, c’est vraiment important pour notre économie. On est loin du compte puisque notre appréciation tourne autour de 100 milliards et que le gouvernement table sur 40. Si l’on regarde l’industrie proprement dite, on a encore de gros chantiers devant nous : l’amélioration du marché du travail, la simplification. Pour l’instant, on n’a rien simplifié alors que c’est un chantier clé pour les industriels qui ont besoin d’une agilité pour se mouvoir. J’espère que le Conseil de simplification aboutira et que les négociations sur l’amélioration du dialogue social faciliteront aussi un certain nombre de choses pour gagner en efficacité.

La transition énergétique est une chance de développement…

Elle doit être conçue comme un outil d’économie d’énergie, de maîtrise des gaz à effets de serre mais aussi comme un outil de développement de l’emploi, d’équilibrage de notre commerce extérieur et de compétitivité économique de la France. Nous avons la chance d’avoir chez nous des filières d’excellence et il n’y a pas de raison qu’il en soit différemment pour les énergies du futur.
C’est possible. Nous avons les atouts pour le faire. Il faut mettre en œuvre cette transition énergétique et écologique de façon progressive et pragmatique parce qu’elle est un facteur de coût pour les ménages et les entreprises et donc, de pouvoir d’achat pour les ménages et de profitabilité pour les entreprises. C’est aussi un élément de compétitivité. Si nous avons des capacités à répondre à des défis dans le monde entier, si nous arrivons à maîtriser ces filières existantes ou d’avenir, nous aurons un avantage compétitif. Il ne faut pas rater ce levier fondamental.

Le dossier va dans la bonne direction ?

Le projet de loi va passer au travers un certain nombre d’avis. Le Conseil national de l’industrie rendra le sien sur le projet de loi tel qu’il est. Il faut laisser ce texte vivre. Il pose un certain nombre de principes intéressants mais il faut avancer pour voir comment il sera mis en œuvre.

Alors que le chômage ne baisse pas, que les entreprises sont en mal de trésorerie, comment garder le moral ?

Je suis optimiste. Mais la situation française est extrêmement périlleuse. À partir du moment où le retard atteint un certain niveau, le rattrapage est très difficile. Or, nous avons besoin d’un rattrapage mais nous devons progresser plus vite que les autres. Nous avons des atouts en main au-delà de la démographie meilleure que celle des autres. Noua avons un dispositif global de formation qui permet d’avoir des compétences car nous avons une capacité à gérer les innovations et des filières d’excellence. Le problème, c’est que ces éléments favorables sont plutôt en train de se dégrader. C’est pourquoi, il faut ne pas tarder à mettre en œuvre les réformes et à faire les économies de dépenses publiques. Parce c’est à la fois un élément de financement d’allégements de charges mais aussi un élément de libération des initiatives. Or aujourd’hui, tous les ans, 150 000 jeunes sortent du dispositif de formation initiale sans rien, 80 000 étudiants quittent l’université sans diplôme. Ce n’est pas soutenable.

C’est une responsabilité des chefs d’entreprises et des branches professionnelles que de revenir en arrière ?

En tous les cas d’expliquer aux parents et aux jeunes que dans nos métiers industriels, les jeunes trouveront de vraies carrières, des expériences formidables parce que les entreprises, industrielles, c’est de la technologie et en général de la projection à l’extérieur. On exporte plus de 50 % de ce qu’on fabrique avec, à la clé, des rémunérations meilleures que la moyenne.
C’est important de le redire car au niveau de l’UIMM, nous avons besoin de recruter dans les cinq années qui viennent 80 000 à 100 000 personnes nouvelles par an dont la moitié de jeunes. Si nous ne le faisons pas, nos entreprises ne pourront pas se développer. Ou bien, elles iront se développer ailleurs. C’est un enjeu considérable de convaincre l’ensemble du dispositif de formation et des décideurs de venir vers nos métiers.
On n’est pas au 19e siècle. L’image de l’industrie est vraiment en train de s’améliorer chez les jeunes et leurs parents. On a un baromètre annuel sur tous les qualificatifs qui touchent à l’industrie. Celui qui a le plus bougé, c’est : l’industrie, c’est l’avenir. Plus 15 points en en trois ans. À partir du moment où les gens disent cela, on a plus de chances de les convaincre de venir à nous.

Quel message principal allez-vous adresser aux chefs d’entreprises ?

Qu’ils retrouvent confiance en eux car il y a des éléments d’espoir. C’est dans l’entreprise que la plupart des solutions à nos problèmes résident. C’est eux qui feront bouger les choses.

Jamais l’entreprise n’aura été autant au cœur de la politique…

La prise de conscience que c’est de l’entreprise créatrice de richesse et d’emplois que viendront les solutions est de plus en plus partagée. Maintenant, il faut convaincre tout le monde pour aller dans ce sens et libérer les initiatives. C’est fondamental.

Recueilli par Pierre CAVRET.